Vivre son homosexualité au quotidien.

Vivre son homosexualité au quotidien.

Si vous ne l’aviez pas encore compris, je suis une fille… qui aime les filles. Ma première copine n’aimait pas qu’on se tienne la main, qu’on s’expose au public donc il n’y avait aucune marque d’affection dans la rue car elle avait déjà été emmerdée. Ma seconde copine était au départ contre également mais on se donnait la main, on se faisait des bisous assez naturellement.

Je me sens obligée de préciser même si je ne devrais pas avoir à le faire… comme un couple hétéro. C’est-à-dire ni plus ni moins que ce que la décence nous enseigne. Ma troisième copine n’aimait pas non plus qu’on s’expose en public mais ça nous arrivait d’échanger un bisou ou de se donner la main.

Je suis personnellement pour donner la main en public à ma copine et lui faire des bisous. Tout ceci naturellement comme n’importe quel couple. Je n’ai jamais été emmerdée. Heureusement ou malheureusement subsiste le cliché de deux filles ensemble comme dans les pornos.

J’ai déjà eu des réactions en ce sens (“deux filles ça ne me dérange pas, deux mecs par contre…”) mais on m’a rétorqué aussitôt (“c’est quand même mieux avec un mec”). La dernière fois que j’ai dit que j’étais homosexuelle, je l’ai dit de façon anodine en mentionnant “mon ex, elle…”, j’ai eu le droit à un petit arrêt sur image: “ah tu aimes les filles? C’est pour ça que quand je t’ai posé la question de tes ex, la dernière fois, tu n’as rien dit… ça me dérange absolument pas!”.

Non mais sérieux, comme si ça devait dérangé quelqu’un… Comme si c’était normal que ça soit toléré alors que non, c’est NORMAL. Il n’y a pas de tolérance à avoir, l’homosexualité est normale. Je rêve du jour où les gens ne relèveront pas. J’ai déjà eu le droit à plusieurs débats ce qui a entraîné une rupture amicale.

Pas plus tard qu’aujourd’hui, j’ai dit que j’ai discuté avec quelqu’un (sans mentionner que c’était avec une fille) et j’ai eu le droit “ah un homme… ça sent l’amour”. Comme si il n’y avait qu’un schéma possible. Je n’ai pas rectifié car j’ai envie qu’on me foute la paix.

Je crois que c’est ça le plus agaçant, la réaction des gens. Bon j’ai de la chance, globalement je n’ai eu que du positif (globalement, j’ai déjà eu droit au cliché des homos exhibitionnistes et qu’on ne me parle pas de la gaypride, j’ai fait celle de Strasbourg et personne n’était à poil sur les chars!).

Mais pourquoi les gens se permettent-ils d’en faire tout un fromage ? Pourquoi est-on obligé d’en faire un événement alors qu’on devrait s’en foutre ? On devrait pouvoir en parler comme on parle de la météo. Néanmoins, je pense qu’il faut encore en parler pour normaliser la chose.

Pour que ça rentre dans la tête des connards qu’on existe, qu’on n’est pas prêt de se cacher et qu’on va mener une vie normale car on est comme tout le monde. On bosse, on suit des formations, on fait ses courses, on conduit, on dort, on mange, on fait la vaisselle. On aime, on rit, on pleure. Et promis, ce n’est pas contagieux !

Ce qui me met en rogne, c’est les gens qui parlent de lobbys homosexuels mais sérieusement ? SERIEUSEMENT?  L’homosexualité a toujours existé et si certains ont l’impression qu’on en parle plus maintenant c’est uniquement parce que les langues se délient et en parler ça permet aux jeunes de s’accepter et de se sentir normal.

A mon époque, qui ne remonte quand même qu’à 10 ans, il n’y avait pas de modèle et j’avais intériorisée que l’homosexualité n’était pas normale. J’ai quand même mis 21 ans à m’accepter. Alors oui, il faut en parler. Le jour où les mentalités auront changé se sera le jour où le coming-out n’existera plus et où tout le monde s’en foutra de l’orientation sexuelle des gens.

Pour résumer, je dirai que je vis bien mon homosexualité même si je me cache encore, j’évite de le dire à tout le monde pour ne pas qu’on me fasse chier. Le vis-je vraiment bien ? Je ne sais pas, Hannah Gadsby, humoriste australienne, déclare dans son spectacle Nanette (que je vous conseille de voir sur Netflix!) qu’elle a eu honte d’elle-même.

Qu’elle rit d’elle-même parce qu’elle a honte. Le patriarcat de cette société hétéronormé est partout. Je crois que c’est pour ça que la normalisation de l’homosexualité passe par la revendication de son identité sexuelle. Je suis donc acceptez-moi, normalisez-moi, laissez-moi vivre en paix. On va dire que je suis en paix avec moi-même mais je me cache du monde hostile… Et toi, comment tu vis ta condition d’hétérosexuelle ?

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