Le 29 mars 2016.

Le 29 mars 2016.

yeux dorés

C’était il y a un an. A peu près à 1h du matin. 16h20 en arrière. J’avais décidé en ce mardi 29 mars 2016 de m’ôter la vie. Ce n’était pas la première fois. J’avais déjà essayé à 12 ans je crois mais mes mains tremblaient au contact des médicaments et je me suis recouchée.

Cette nuit-là, j’ai eu un déclic et je me suis dit que je m’étais promise de partir de chez mes parents à 18 ans avec une formation, d’avoir un copain. Qu’à 23 ans je n’avais rien et que j’avais tout perdu : plus de copine, le permis au point mort, pas de travail, plus de pilier, une cheville qui ne guérissait pas, alors à quoi bon continuer ?

Il faut savoir que j’étais dans une phase dépressive depuis un moment déjà, que j’étais pourrie de ruminations, que les insomnies étaient répétitives et j’étais toujours stressée.

eaau

J’aimerai vous dire qu’un an après, je regrette d’avoir pris ses médicaments, de m’être scarifiée, d’avoir bu de l’alcool mais ce n’est pas le cas. Et je ne sais pas si ça a été une bonne chose que je sois restée.

Il y a clairement eu un avant et un après TS mais j’aurais pu basculer définitivement. Et sans mon autre ex, je m’apprêtais à avoir une vie sans joie et je pense que la finalité aurait été la même : une autre TS. Et j’aurais réussi cette fois parce que je sais ce qui a merdé dans la première.

Je me souviens de cette période comme d’une autre vie. C’est assez lointain. Je me souviens que j’étais toujours très fatiguée et très sédatée par les médicaments. Je me souviens que j’étais sans émotions. Je me suis transformée au fil des mois de médications en robot. Aujourd’hui encore, j’ai dû mal à pleurer.

not world

L’hôpital psychiatrique n’est pas un mouroir comme l’image populaire le renvoie. Mais quand on reprend vie, on se fait vite chier (c’est le mot). Il y a bien sûr les activités à l’ergothérapie qui doivent représenter deux heures par semaine.

On y peint, fais des bijoux, dessine etc… On peut marcher dans l’espèce de parc de l’hôpital mais globalement on s’embête. Le psychiatre qui était chargée de mon cas refusait que je m’endorme l’après-midi mais je dois vous avouer que je ne voulais que ça à la base. Dormir et qu’on me fiche la paix.

Je me souviens aussi que je ne pouvais pas supporter la douleur des gens et que je les fuyais. Quand on m’a amené de l’hôpital à l’HP, j’aurais dû cracher à la gueule de l’ambulancière qui m’a fait sa leçon de morale.

nuit routes

On souffre tellement qu’on a voulu s’ôter la vie alors vous pensez sérieusement qu’une leçon de morale sur combien on a la chance d’être en vie et de ne pas être malade va nous donner sérieusement envie de vivre ? NOTRE VIE DE SOUFFRANCES, NOTRE DOULEUR, PAS DE JUGEMENT.

Je ne supportais pas une fille qui était internée avec moi et je la fuyais car elle parlait de ses envies de suicide, de ses problèmes de drogue dans toute la cantine. Chaque cas est différent mais franchement les “pense à tes sœurs, pense à tes frères, pense à ta famille” m’ont donné envie de cracher à la gueule des gens (mon père qui ne comprendra décidément jamais rien!). Je me souviens aussi que je ne supportais pas qu’on me touche.

Je ne l’ai pas dit tout de suite aux gens. J’ai écrit sur facebook que j’avais des problèmes de santé et que toutes les sorties étaient annulées, que je recontacterai les gens plus tard. C’était totalement une stratégie pour qu’on me laisse tranquille.

girl dance

La fille qui allait devenir ma meilleure amie m’a demandé ce qui n’allait pas et je crois avoir mis quelques jours avant de lui répondre parce que je ne voulais parler à personne. J’ai dû lui écrire en substance : “je suis à l’HP, j’ai voulu me suicider, pas de leçon de morale STP, je ne le supporterai pas”. Je lui ai répondu à elle seule car je pensais : on est juste potes, elle, ça ne va pas l’atteindre.

Et ses paroles m’ont fait du bien, elle m’a répondu : “t’as raison, la vie c’est vraiment de la merde…”. Je ne sais plus comment elle a tourné ça mais en gros elle comprenait pourquoi j’ai voulu mourir parce que j’ai fini par lui résumer les 23 années de ma vie mais elle m’a écrit qu’il y avait de belles choses à vivre en beaucoup plus subtile que ça.

Et c’est bien la première fois que je me suis sentie comprise et pas engoncée dans la morale de merde du “non mais la vie est belle”. TG. On ne vit pas les choses à la place des gens, on ne peut pas se figurer un millième de ce qu’ils ressentent.

nuance de gris

J’ai attendu qu’une amie ait fini ses partiels pour dire où j’étais. Et en fait, j’ai été très surprise, les gens m’ont demandé spontanément quand ils pouvaient venir me voir. La seule personne qui n’a pas répondu présente était une amie de 10 ans. Comme quoi.

L’après post-TS n’a pas été une renaissance. Je me souviens m’être barrée de l’HP, je suis allée en bus dans un magasin pour acheter de la vodka et des ciseaux pour me scarifier. J’ai vu qu’un aide-soignant m’avait capté et je me suis cachée… vers une porte vitrée (on est suicidaire mais très con également !) (ou c’est le subconscient qui s’exprime: “ma poule, pas question pour toi de mourir!”) pour faire ce que j’avais à faire.

Un stagiaire-infirmier est venu me parler, une infirmière qui m’a accueilli aux urgences aussi. Et franchement j’ai apprécié car ils m’ont parlé calmement et sans heurts. Apparemment j’ai bien gerbé et la suite a été que je répétais au médecin psychiatre que je ne voulais pas aller à l’hôpital psychiatrique fermé. Je n’en ai franchement aucun souvenir car je dois avoir bu les 3/4 de la bouteille de vodka.

homme fleur

Je crois que j’ai eu de la chance ce jour-là, quelqu’un était en isolement, sinon je me figure que j’aurais eu le droit à la camisole et j’aurais pété un câble. Tout comme j’aurais tout pété si j’avais été à l’HP fermé. Je ne supporte pas qu’on m’ôte ma liberté.

J’ai eu un médecin psychiatre compétent qui m’a fait confiance et j’ai pu après aller au cinéma. C’était très difficile pour moi de rester concentrée sur un film ou sur une tâche. Ou ne pas aller dans un magasin mais j’ai tenu.

Je dirai qu’une des clés c’est de parler même des choses qui semblent stupides et surtout s’abandonner aux professionnels. Là-bas, je ne pouvais que voir un jour à la fois. Je ne pouvais pas visualiser ce que j’allais faire à la fin de la semaine ou même le lendemain.

En fait pour résumer après ma TS, mes angoisses avaient pour réponse l’alcool et la scarification. Au début de mon hospitalisation, il fallait me prendre mes rasoirs, mes fils d’épilateur puisque chaque pensée était dirigée sur quel processus existait pour m’anéantir.

a r c

J’ai eu aussi une permission pour aller chez mes parents qui s’est soldée par un échec : mon père en croyant bien faire m’a encouragé à me reposer et restée immobile dans mon lit dans le noir a eu pour conséquences : l’envie d’alcool et de scarification.

En fait c’était très difficile parce que je ne contrôlais plus rien. Je suis donc retournée à l’HP le soir même et c’est bien la première fois que j’ai vu mon père les larmes aux yeux car je pleurais et je lui disais que j’en avais marre de tout ça.

Les pensées bizarres étaient là, attendant que je baisse ma garde pour réapparaître ! Et la garde n’était pas très haute et pas très armée puisque les soldats avaient été exterminés.

we look up

Mon mental décidait. Et le secret c’est de s’occuper tout le temps, à chaque pensée bizarre, s’occuper l’esprit, faire autre chose. C’est en écrivant cet article que je me rends compte que je reviens de loin car j’aurais pu basculer définitivement.

Ma tentative de suicide n’a pas été une renaissance, j’ai dû d’abord recoller les morceaux petit pas par petit pas avant de pouvoir renaître. Et ça a été très long. L’école de la seconde chance m’a aidé à ne pas rebasculer. Je suis restée 8 mois sous médications et il m’a fallu 2 autres mois pour arrêter complètement. Je me suis sevrée seule, j’étais dans une bonne période. C’est fortement déconseillé, apparemment tout le monde rebascule mais je suis l’exception 🙂.  Et je compte bien la rester.

Je pense avoir fait une décompensation. Et franchement j’aurais pu rester sous médicaments à vie. Là, je peux écrire que la vie est belle et que l’aube des temps nouveaux est enfin là. Mais que de souffrances endurées toutes ses années, que de pleurs, que d’années à supporter, supporter, à faire semblant devant les autres, à donner le change. A se sentir tellement seule et à se demander pourquoi tout ça m’arrivait à moi. Je vis au jour le jour et aujourd’hui, il fait beau. Maintenant.

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21 réflexions sur “Le 29 mars 2016.

  1. Très émouvant, on ne peut se mettre à la place des autres, écouter et n’ont pas essayer de comprendre. Chaque histoire est différente et à chacun sa douleur.
    Bravo pour ce témoignage, ce n’est pas facile de mettre des mots sur les maux.

  2. Très joli témoignage.
    J’ai la conviction qu’on vit autant d’épreuves qu’il est nécessaire pour nous permettre d’évoluer. Et chaque moment difficile surmonté est un putain de cadeau pour la suite. Certai’es personnes n’ont pas cette chance de dire : je reviens de loin. Ils n’ont jamais la sensation d’avoor vraiment parcouru du chemin sinueux, chaotique puis troué de rayons lumineux. C’est d’ailleurs souvent pourquoi à 40 ans, ils vivent une très difficile remise en question. Ils font la rétrospective de leur vie pendant laquelle selon eux, rien ne s’est passé. Leur vie, qui selon eux, n’a été utile à personne et même pas à eux même.

    C’est une phase que tu ne traverserais surement pas étant donné le recul que tu as sur toute cette détresse qui t’a envahie et engloutie fût un temps.

    Bravo à toi. Tu as su tirer profit de la douleur, et des doutes.

    Merci d’avoir partagé ça avec nous.

  3. Je suis passée par là…
    C’est long de se remettre d’une TS, il faut réapprendre à avoir goût en la vie et à se reconnecter à ses émotions tout en comprenant qu’elles ne sont pas toutes dangereuses.
    Continue de prendre soin de toi, de t’écouter et de laisser le temps soigner tes plaies intérieures.
    On s’en sort de tout ça. Promis.
    tu peux être fière de toi et d’avoir réussi à traverser tout ça.

  4. J’ai qu’un mot à dire : Bravo =) J’ai été dans ce genre de situation mais en beaucoup plus soft… Je comprends à peu près ce qu’il se passait dans ta tête et je sais que c’est difficile d’en sortir…
    Ce qui revient souvent dans ces discours, c’est qu’au final, les proches sont très loin de nous aider à aller mieux. Je me rappelle que le simple fait que mes proches de la famille me disent ” on t’aime” ou pire ” je t’aime”, ça me faisait me sentir hyper mal au point de pleurer.
    La scarification ça a été tellement difficile de m’en sortir… Et quand ça va pas j’y repense un peu sans passer à l’acte, mais rien que ce sevrage là a été difficile alors je n’imagine même pas cmt j’aurais fait avec l’alcool…
    Tu es vraiment courageuse, encore une fois : bravo pour ton combat 🙂

    Bisous !

      1. oui ça va j’ai laissé ça derrière moi, maintenant si je suis au plus bas, j’ai juste “l’envie” qui me vient mais c’est tout =) Merci pour ton article
        Bisous !

  5. Très émouvant cet article. Ton histoire ressemble sensiblement à la mienne alors cet article me touche profondément. 4 ans après ma TS je peux dire que je suis heureuse et que je suis définitivement sorti de tout ça, je me suis débarrassée de ce passé qui m’encombré. Sois forte et courageuse. Le chemin est long… mais je suis contente de savoir que tu vas mieux !

  6. Cet article m’a bouleversé, c’est très profond ce que tu écris et en plus tu le fais bien. J’en ai fait une aussi à 16 ans et après les gens me disaient ” Ca ira mieux maintenant, c’est fini”, mais j’étais juste tellement mal parce que je m’étais ratée, mais ils pouvaient pas le comprendre.
    Bref, merci beaucoup pour cet article qui fait du bien malgré toute la souffrance qui en ressort J’espère que ça t’aide d’en parler, j’espère que ça va mieux et que ça continuera ainsi un petit peu plus tous les jours 🙂

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